Greg Cerrone s’est récemment installé à New York pour se recentrer sur la production de musique. Mais il a aussi hâte de pouvoir tester les clubs aux Etats-Unis, qui représentent un des territoires les plus excitants pour les DJs en ce moment.

Base : Comment organises-tu ta communication ?
Greg Cerrone : Pour ma communication et promotion, j’ai un site internet avec mes infos, mes dates, un myspace, qui ne sert plus vraiment, un facebook, un twitter, un soundcloud, un podcast, et mes émissions radio. Pour tout, j’utilise un logo et une typo. C’est essentiel, ca fait parti de l’identité du DJ. On doit se vendre comme un chanteur ou un mannequin. Le DJ est à la mode en ce moment. Alors accompagner une sortie de disque avec une identité visuelle particulière aide à construire une histoire. J’ai aussi tourné avec mes soirées, que j’avais appelé Game Over au Queen à Paris. Puis On the Air Party, au Queen et au Redlight.  La plus importante, je l’ai organisée à Miami pendant une WMC en 2009, avec Wally Lopez, Avicii, Norman Doray, Arno Cost, Mischa Daniels, Jerry Ropero, Tom Novy, Da Fresh…, on était 17 à mixer et beaucoup de DJs sont aussi venus ! J’aimais bien, c’est cool d’organiser sa propre soirée. Et les soirées contribuent à construire l’identité et l’image du DJ, comme David Guetta et ses F*** me I am Famous. Sans elles, David Guetta ne serait pas aussi connu et inversement ces soirées ne fonctionnent uniquement s’il y mixe. Grâce à sa résidence au Pacha à Ibiza, le monde entier est venu le voir. Sur toute l’ile, c’est la plus grosse soirée avec une vraie identité, mais aussi grâce aux tubes de David qui passent en radio. Il a réellement contribué au succès de la musique dance car c’est de la pop mais toujours avec une rythmique club. Il a également augmenté les cachets des DJs en général. C’est à mon avis le premier DJ-producteur « artiste ». Les Swedish House Mafia l’ont bien compris, ils organisent leur propre soirée pendant l’Ultra  Music Festival à Miami fin mars. Plus tard je pense aussi organiser ma soirée à New York, mais avant, je souhaite finir plusieurs projets.

B : Quel est le rôle de ton agent ?
GC : Mon agent répond aux demandes de booking et il cherche aussi de nouvelles dates. Il regarde les DJs qui sont déjà venus dans les clubs ou les festivals, que je ne connais pas, pour en vérifier l’identité musicale. Je ne veux pas tester, je préfère jouer dans des endroits, qui ont déjà accueilli des DJs électro. Ca m’évite de me retrouver dans des clubs qui ne me correspondent pas (où ils me demandent de jouer du RnB !). Je refuse ces dates. Par contre, je vais dans quelques endroits les yeux fermés. L’agent fait vraiment tampon entre l’artiste et les patrons d’établissement, pour faire respecter les demandes et les exigences de tout le monde.

www.gregcerrone.com

B : Quels sont tes projets ?
GC : Je pense ouvrir un club de strip-tease et y mixer nu ! Sérieusement, je travaille principalement sur ma musique en ce moment, je veux essayer de produire différemment qu’à Paris. Je veux toujours faire de la musique club mais un peu plus accessible, qui pourraient passer sur des radios dance/house/électro. J’ai changé de studio, de logiciel, de ville pour ça ! J’ai envie de collaborer avec de nouveaux chanteurs ou songwriters car on apprend énormément en collaborant. J’adore co-produire avec mes potes DJs. L’endroit où je suis m’influence aussi beaucoup. Tous mes meilleurs tracks, je les ai fait en revenant d’Asie ou de vacances ! J’ai donc déménagé pour me mettre en danger car je tournais en rond dans mon label à Paris, c’était devenu trop confortable.

B : Dans quels clubs voudrais-tu mixer ?
GC : A New York, je voudrais bien mixer au Provocateur, pour la branchitude sinon le Pacha évidemment, le club électro par excellence. A Miami : Mansion, Cameo, Set CLub, Liv. A Las Vegas : Wet Republic, Lavo Vegas, le Marquee où aucun DJ House ne jouait il y a à peine deux ans. Maintenant, ils ont une programmation de DJs  électro pour la grande salle de 4000 personnes et ils jouent du RnB dans la salle de 400 personnes ! A Los Angeles : Avalon, Playhouse, Vanguard.  A Washington : The Glow. A San Francisco : The Ruby Sky… Il y a beaucoup de clubs House maintenant !
Sinon, j’aimerais bien mixer dans les festivals électro aussi. J’attends avec impatience de pouvoir tourner aux Etats-Unis ! Mais avant, je veux faire de la musique. Pour le moment, je tourne en Europe où je bénéficie d’une certaine notoriété. Je dois tout reconstruire au niveau du public ici. Seuls les clubs et le milieu DJ me connaissent. Je veux sortir de bons titres plus ciblés pour le public américain, qui me permettront de tourner aux Etats-Unis, Canada, Colombie, Brésil, … J’ai conscience qu’il faut que je sois patient.
Mes prochaines dates : le Titan à Lyon, le Sanctuary à Casablanca, Le ByPass a Genève, La Via Notte en Corse, en en début d’été Le Ministry Of Sound à Londres, Belgique, Espagne …

B : Penses-tu que le DJ a une date d’expiration?
GC : Je ne me vois pas être DJ en club à 50 ans. Le décalage entre l’âge du public  et mon âge serait trop grand. Par contre, j’aimerais toujours faire de la scène, créer et produire des événements live. Quand tu es sur scène avec 14 musiciens, la sensation est inexplicable mais géniale ! C’est énormément de travail, environs un an de préparation car il faut coordonner la musique, la chorégraphie, la mise en scène, la vidéo, les effets spéciaux. Quand tu mixes, c’est complément différent, t’es seul ! En faisant de la scène, ton public peut vieillir avec le DJ comme pour les chanteurs. Et c’est vrai qu’avec la surconsommation et la consommation rapide des artistes aujourd’hui, mon public ne connaît pas forcément ce que j’ai fait il y a 5 ans et celui qui venait me voir à l’époque ne sort plus en club.  Par ailleurs, je voudrais bien faire de la musique de film. Ca me fait rêver ! En fait, je souhaite faire de la musique jusqu’à ma mort !

B : Etre un DJ français aujourd’hui, est-ce un avantage ou non?
GC : Malgré moi, quand je tourne à l’étranger, être français aide parfois. Car les DJ-producteurs français ont une bonne image, un peu comme à l’époque de la French Touch. Et on est plus nombreux à tourner dans le monde que tous les autres DJs anglais, espagnols, américains. Je connais au moins 30 DJs français qui tournent comme moi. Je crois que nous sommes les seuls à bénéficier d’une certaine aura. Bizarrement ces mêmes DJs français mixent peu en France. La scène club mondiale n’est pas la même qu’en France. C’est triste. On n’est pas bien représenté dans notre propre pays alors que nous sommes les ambassadeurs de la France dans le monde. Peut-être parce que le DJ fait de la musique à partir de sons sur un ordinateur. Je ne pense pas que tu doives savoir jouer du piano pour faire de la musique, car au final, on fait aussi des morceaux. Je ne me reconnais pas non plus dans les artistes français qui sont mis en avant. Un chanteur guitare/voix est plus respecté en France qu’un producteur qui va peut-être passer des heures en studio à travailler et acquérir une certaine technique de son. Les quotas, la loi Adopi sont ridicules. Aux Etats-Unis, les artistes sont enfin rémunérés en droit de diffusion sur Youtube, pas en France.

B : Peux-tu nous avouer des petits reproches tu pourrais faire vis-à-vis des Etats-Unis ?
GC : Je suis très gourmand alors on peut vite grossir car ça sent la nourriture partout et ça donne envie de grignoter ! Sinon les gens étant en général très spécialisés dans leur domaine, on doit parfois s’adresser à plusieurs personnes pour avoir la réponse exacte à une question. Même si la première personne à qui on a posé la question connaît la réponse, elle n’y répondra pas car cela « n’entre pas dans ces fonctions ».
C’est dommage aussi, les clubs ferment trop tôt dans certains Etats.
Et même si on peut demander presque tous les services possibles et à n’importe quelle heure, c’est un peu plus cher qu’ailleurs.

Retrouvez la première partie de cette interview ici.