Josée Lepage a eu la chance de construire sa carrière dans le design en passant par plusieurs métiers entre Montréal et New York. Installée définitivement dans la City depuis 2007, elle préfère désormais se consacrer à des événements où elle est collabore en tant que directrice artistique.
Base : Où trouves-tu tes nouvelles idées d’exposition ? Comment contactes-tu les artistes avec qui tu souhaites collaborer ?
Josée Lepage : Quand je monte une expo, j’organise automatiquement un événement. Le plus souvent, c’est le vernissage qui est l’occasion de rencontrer de nouveaux artistes, collaborateurs ou clients. Certains projets me viennent par la presse, les relations, ou parfois juste des idées personnelles. J’aime pousser mes idées jusqu’au bout avec de petits moyens, même si ça prend du temps. Parfois, seulement un projet sur les cinq que j’avais initialement voit le jour. Je ne mets pas de limites mais je m’engage dans des projets qui m’inspirent sinon je refuse. C’est rare mais ça arrive. Je suis indépendante donc je suis libre de choisir et de rechercher les clients avec qui je souhaite travailler. C’est un avantage ! Par exemple, nous avions imaginé «The Wrong Store» avec mon ami Tobias Wong. C’était une vitrine d’objets et les visites se faisaient sur rendez-vous. Nous avions demandé à Martin Margiela de créer des uniformes alors qu’il n’y avait pas de vendeurs. Les produits étaient uniques et exclusifs. On voulait vendre la vitrine entière pour un million de dollars ! L’espace nous avait été gracieusement prêté, les produits aussi par les designers. Tout était dans l’idée ! On n’a pas réussi à vendre la vitrine, mais c’était super !
B : Tu as toi-même designé des objets, que penses-tu de l’objet rare versus l’objet de production de masse ?
JL : Je n’ai pas vraiment de préférence. Par exemple, je trouve la tong géniale, je pourrais monter une exposition autour de cet objet. Des millions de gens sur terre ne portent que cette « chaussure » toute leur vie. C’est fascinant ! La pièce unique est aussi intéressante à travailler du fait de sa rareté. J’aime tous les objets du moment qu’ils soient intelligents.
J’ai effectivement designé des collections pour des Pop Up Stores et Zweimineral, ma propre collection de 2001 à 2005. Mais je ne veux plus le faire. Il y a assez d’objets design aujourd’hui, je ne veux plus participer à cette production. Si je le fais, c’est uniquement en édition limitée. Par exemple, en ce moment, je produis une bougie limitée à 1000 exemplaires.
B : Tu as vécu 9 ans à New York, ensuite tu es repartie à Montréal et enfin revenue depuis 4 ans, qu’est-ce qui t’a fait revenir ?
JL : New York, c’est ma ville, je suis revenue pour y rester car elle me manquait trop. Même si j’adore voyager, New York c’est chez moi. Je trouve que c’est une ville honnête, « updated », comme un ordinateur ou un téléphone, constamment en mouvement et remis à jour. Les gens sont géniaux et différents, ils font vivre la ville comme un gros « heartbeat ». New York te pousse à aller de l’avant, t’encourage à être créatif, inventif, à te battre pour faire ta place, t’imposer dans ton domaine mais aussi au niveau personnel, à t’accomplir dans ta vie professionnelle et personnelle. On peut y faire ce qu’on veut, on peut se créer ses propres opportunités.
B : Quels sont tes quartiers et endroits préférés à New York ?
JL : Il y a tellement d’endroits, c’est une question difficile… Mon studio se trouve dans Noho sur Bond Street, donc je vais souvent chez Smile. Je préfère downtown, j’adore encore marcher sur Broadway ! C’est l’âme de New York selon moi. J’essaie juste d’éviter Times Square le plus possible.
Sur Great Jones Street, il y a un immeuble à deux étages que j’affectionne tout particulièrement. Il a appartenu à Andy Warhol et Jean-Michel Basquiat y peignait. Dans cette rue, il y a un boucher qui vend exclusivement du Japan Premium Beef et derrière se trouve un magnifique restaurant Japonais qui s’appelle Bohemian, un petit endroit secret de New York.
Sinon au printemps, j’adore retourner à Williamsburg, où j’ai vécu quelques temps. Chez Walter, il y a un petit jardin dans lequel on peut se relaxer.
J’aime ces deux endroits. L’un très simple, l’autre est extrêmement select. Et New York permet de faire les deux en un tour de taxi !



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